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Histoire

Internés et déportés de Wihr-au-Val

Le 31 janvier 1945, soit cinq jours avant la libération de Wihr-au-Val, a eu lieu une grande rafle dans la vallée de Munster. Dans le livre « Wihr-au-Val à travers les âges », il est fait mention de seize personnes arrêtées ce jour-là dans le village, mais nous n'avons trouvé que quinze internés dont certains ont été arrêtés avant la rafle. Ils ont été déportés, pour la plupart, dans les camps de Gaggenau (près de Baden-Baden) et Niederbühl (près de Stuttgard), il y avait aussi un camp à Haslach près de Fribourg en Brisgau. Voici la liste des internés que nous avons pu trouver :

Marie Germaine Dirringer, née à Wihr-au-Val le 27 janvier 1921, fille de Théophile et de Mélanie Meyer. Sa mère, veuve, cachait dans sa grange plusieurs réfractaires à l'incorporation de force, elle-même faisait partie du réseau de résistance « Kleber Alsace Uranus » dirigé dans la vallée par l'abbé Paul Vuillemin « administrateur » de la cure de Zimmerbach. Dans les FFI, elle avait le grade de sous-lieutenant, après son arrestation elle a été envoyée à la prison de Colmar, à l'hôpital psychiatrique de Rouffach, à Fribourg en Brisgau puis au camp de Niederbühl. Grâce à l'intervention de résistants colmariens elle est entrée au service d'une famille allemande de Fribourg, les Weiss, le 22 février 1945. C'est dans cette ville qu'elle a été libérée le 22 avril 1945, elle était sortie dans la rue à ses risques et périls et c'est là qu'André Gsell de Munster, qui faisait partie de l'équipage d'un char de la 1ère Armée française, l'a aperçue et est allé l'embrasser (voir page 102 du livre cité ci-dessous). André Gsell avait fait partie pendant quelques jours des « locataires » de la grange Dirringer, il était déserteur de la Kriegsmarine et, à la libération, il s'est engagé, pour la durée de la guerre, dans la 1ère Armée Française. En 1980, Marie Germaine a été élevée au grade de chevalier de la Légion d'honneur, elle était déjà titulaire de la croix du combattant, de la croix du combattant volontaire de la résistance ...

Joseph Ritz, tisserand, né le 23 novembre 1903 à Wihr-au-Val, fils de Joseph et de Barbara Bachmann. Il a épousé Joséphine Bollecker le 30 mai 1930 à Heiteren. Celle-ci sera arrêtée en même temps que lui et va mourir peu de temps après sa libération du camp. Joseph va épouser sa belle sœur Anne Bollecker le 15 juin 1946 à Heiteren. Lui et sa femme ainsi que son frère ont été arrêtés le 31 janvier 1945. Il est passé par les camps de Fribourg, Haslach, Niederbühl et Sulz/Nekar. On lui avait donné le numéro 42 100/47. Il a été libéré le 17 avril 1945 à Sulz/Nekar, arrondissement de Rottweil où on avait ouvert à la fin de la guerre un camp satellite du Struthof.

Joséphine Bollecker, « piqûreuse 1», épouse du précédent, née à Heiteren le 29 mars 1909. Elle a été internée pendant deux mois et demi à Fribourg et sans doute libérée en avril 1945. Elle est morte à Wihr-au-Val le 21 janvier 1946.

Camille Ritz, chef de gare, né le 15 mars 1913 à Wihr-au-Val, frère de Joseph. Interné pendant deux mois et demi sous le numéro 41 997/47. Mort à Colmar le 18 décembre 1975. Arrêté le 31 janvier 1945, il est passé par les camps de Fribourg, Haslach, Niederbühl et Sulz/Nekar où il a été libéré le 17 avril 1945.

La famille Ritz cachait des réfractaires à l'incorporation de force dont l'un a échappé de justesse à la rafle du 31 janvier 1945 (Étienne Diringer de Heiteren). Les Ritz faisaient aussi passer des armes aux résistants. Dans le village provisoire la famille habitait dans la baraque n° 11.

Puis vient la famille Steeg, les parents et deux filles.

Charles Joseph Steeg, né à Mulhouse le 25 septembre 1896, arrêté le 31 janvier 1945 avec toute sa famille. Libéré à Niederbühl en avril 1945.

Florentine Steeg, née Kauffmann le 6 octobre 1898 à Wihr-au-Val.

Germaine Steeg, née le 24 juin 1920 à Wihr-au-Val. Légion d'Honneur.

Marcelle Steeg, née le 14 novembre 1924. Internée pendant deux mois et 22 jours, son numéro d'internée : 27 988/48. Le 8 novembre 1946, elle a épousé Lucien Mullenbach ; elle est morte le 25 janvier 2014 à Munster.

Les deux sœurs Steeg, Germaine et Marcelle, internées au camp de Gaggenau, travaillaient chez un maraîcher de Sinzheim (près de Baden-Baden). Elles ont été libérées avec leur mère le 13 avril 1945 par André Gsell, de la 1ère Armée Française, qui les a trouvées grâce aux indications d'une Allemande du lieu (page 98 de son livre).

Victor Trau, garde forestier, né à Ebersheim le 18 février 1907, arrêté le 31 janvier 1945, interné à Fribourg, Haslach, Niederbühl et Sulz/Nekar où il a été libéré le 17 avril 1945. Marié, trois enfants, interné sous le numéro 42 111/47. Dans la Résistance il avait le grade d'adjudant et était en liaison avec Marcel Vogeleisen et Paul Vuillemin le curé de Zimmerbach.

Yvonne Gérard, née Heinrich le 26 avril 1920 à Wihr-au-Val. Arrêtée le 31 janvier 1945, internée à Fribourg pendant deux mois et demi sous le numéro 26 440/48. Céline Anne Yvonne Heinrich était la fille d'Albert et d'Anne Victorine Dirringer.

Marguerite Heinrich/Michel, née le 19 octobre 1913 à Wihr-au-Val, arrêtée le 31 janvier 1945, internée à Fribourg, Rastatt, Niederbühl et Gaggenau où elle a été libérée en avril 1945. Elle était la fille de Jacques Michel et de Marguerite Stilley, en marge de l'acte de naissance on peut lire : « La Nation adopte la mineure ci-contre comme pupille de la Nation par jugement de la chambre du Conseil du tribunal de 1e instance de Colmar du 9 septembre 1926 ».

Mariée à Wihr-au-Val le 22 juin 1934 avec Maurice Henri Heinrich.

Jacques Breitner, né le 22 octobre 1900 à Wihr-au-Val, fils de Jacques et de Louise Masson. Il a été arrêté avant la rafle du 31 janvier 45, le 16 juin 1943 et envoyé à Dachau pendant 14 mois sous le numéro 42 897/47. Il a été libéré à Dachau le 29 avril 1945. Il est décédé à Wihr-au-Val le 24 octobre 1949 dans un accident de la circulation sur la RD 417.

Lucien Masson, né le 1er mai 1924 à La Petite-Raon (88), interné à Schirmeck le 6 octobre 1944, libéré à Allach le 30 avril 1945 (annexe du camp de concentration de Dachau).

Son lien avec Wihr-au-Val se trouve sans doute ci-dessus : Breitner Jacques dont la mère s'appelait Louise Masson. Lucien habitait au Wasserkopf, le barrage sur la Fecht en amont de La Forge.

Daniel Kempf, né le 28 septembre 1895 à Breitenbach, était scieur à Wihr-au-Val. Il a été interné à Schirmeck le 9 avril 1942 et libéré le 13 juillet 1942. Il possédait une maison à Gunsbach (13, rue de Wihr-au-Val), sa femme Berthe Salomé Brenckmann lui a donné une fille unique Éliane Danine. Il est mort à Colmar le 8 novembre 1965. Sa femme était la sœur du Dr Ernest Brenckmann, chirurgien à Colmar, arrêté et interné à Schirmeck le même jour que son beau-frère mais libéré seulement le 23 avril 1945 à Eberswalde dans le Brandebourg, à 50 km au nord de Berlin (le camp a été libéré par l'armée rouge les 20 et 21 avril).

Daniel Kempf faisait partie d'un réseau de passeurs qui convoyaient des prisonniers de guerre français évadés et des Alsaciens qui voulaient échapper aux nazis. Le réseau était dirigé par Joseph Rey (futur maire de Colmar), Hussmann 2 et le Dr Ernest Brenckmann. Les candidats à la liberté prenaient le train de la vallée et descendaient à Wihr-au-Val du côté opposé au quai et allaient se cacher dans les buissons. Après le départ du train, le chef de gare revêtait une veste en cuir brun, c'était le signal qu'il n'y avait plus de danger ; il les conduisait alors de l'autre côté de la route à la scierie avec le risque d'être repéré par le couple Koplin qui habitait au rez-de-chaussée de la maison Renard (5, Route Nationale) ; madame Koplin était allemande. Le scieur les emmenait ensuite jusqu'à la maison qu'il possédait à Gunsbach (13, rue de Wihr-au-Val). De là, on montait au Lingekopf puis au Wettstein et enfin jusqu'aux crêtes, certains convois comptaient jusqu'à onze personnes. Malheureusement, le réseau a été infiltré par un agent de la Gestapo et tous ses membres ont été arrêtés sauf Hussmann qui avait réussi à se soustraire à la rafle.

Jules Jaegle, cheminot à la gare de Wihr-au-Val, né le 1er avril 1912 à Griesbach-au-Val, interné à Schirmeck le 9 avril 1942, libéré le 24 décembre 1942.

Tous les raflés du 31 janvier 1945, ceux de la vallée et ceux de Colmar seront conduits à l'hôpital psychiatrique de Rouffach puis transférés à Fribourg le 2 février 1945. Le convoi, composé de 54 hommes et 13 femmes, est certainement passé par Niederentzen où subsistait le seul pont encore praticable sur l'Ill. Ce pont sera dynamité le lundi 5 février à midi. Tous ont été plus ou moins torturés, notamment l'abbé Vuillemin qui était méconnaissable après 17 heures de torture.

L'analyse de ce qui précède montre que deux réseaux de résistants étaient actifs à Wihr-au-Val, un réseau de passeurs, dirigés depuis Colmar, tombé entre les mains de la Gestapo début avril 1942, et un réseau qui cachait des réfractaires et dont certains membres étaient armés. Les résistants de ce réseau, dont leur chef le curé Vuillemin, ont été arrêtés le 31 janvier 1945, mais les réfractaires, bien cachés, ont échappé à la rafle.

Il reste deux personnes arrêtées isolément : Jacques Breitner, arrêté en juin 1944, il semblerait qu'il avait un problème avec l'alcool, aurait-il eu des paroles imprudentes en public qui lui ont valu un séjour de 14 mois à Dachau ? Lucien Masson, arrêté en octobre 1944, pour lequel nous n'avons que peu de renseignements sauf qu'il s'occupait de la petite centrale électrique de La Forge. Sa maison, isolée au bord de la Fecht, pouvait fort bien servir de cache.

En faisant le compte par sexe, on trouve sept femmes et huit hommes mais en y ajoutant madame Mélanie Dirringer qui a assuré journellement les repas de huit à neuf personnes dont deux officiers allemands 3, en période de restrictions et en prenant de gros risques, on arrive à la parité. Elle aussi était une grande résistante et si elle n'a pas été arrêtée le jour de la rafle, c'est parce qu'elle a simulé être impotente et sourde. Alexandre Adler, dans son livre : « Quand les Français faisaient l'histoire », écrit : « la Résistance a ouvert un chemin de ténacité et d'audace, de profondeur réflexive et de spontanéité dans l'action. Ce chemin, il nous faut tous ensemble le retrouver ».

 

  • 1. Ouvrière chargée de la réparation des défauts d'un tissu (Dictionnaire historique de la langue française. Dir. A. Rey)
  • 2. Eugène Hussmann, artisan ferblantier, résistant, chef des FFI colmariens en 1944 avec le grade de capitaine. (Bopp)
  • 3. Ces officiers logeaient dans la maison Dirringer et ne se sont jamais aperçus de la présence de réfractaires dans la grange.

 

 

Sources

  • État civil de Wihr-au-Val
  • Archives de Bernard Dussourd, Gunsbach.
  • Archives de Fabienne Schmitt, fille de Marie-Germaine Dirringer, Dingsheim.
  • Fondation pour la mémoire de la déportation
  • Journal L'Alsace du 5 décembre 1964, article sur les passeurs p. 5 (édition en allemand).
  • Avec la collaboration de : Gabrielle Klein, Monique Rosenzwey, Jeanne Witter (Gunsbach), Isidore Bachmann, François Vogel, Marcelle Mullenbach-Steeg, Eve Burger (petite-fille de Daniel Kempf), Joseph Diringer (Heiteren), Claude Gertz, Alphonse Henry ...

Bibliographie

  • ASHVVM, tome LIX, 2005, Gérard Leser p. 79, André Gsell p. 83, Pierre Huglin p. 87.
  • André Gsell, Le destin d'un soldat alsacien, Oberlin, 1990.
  • Marie-Joseph Bopp, Ma ville à l'heure nazie, La Nuée bleue, 2004.
  • Wihr-au-Val à travers les âges, 2000.

Monument au morts de Wihr-au-Val

 

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